Journal de quarantaine - Jour 6 : varier les déplaisirs

Rédigé par Thibaud Saintin Aucun commentaire
Classé dans : Au jour le jour Mots clés : quarantaine, Thaïlande, hôtel

Ça fait plusieurs jours que la tension monte, et les manifestations qui n'ont pas cessé depuis des mois finissent par des tirs de balles en caoutchouc, par des gaz lacrymogènes, des incendies. Hier soir, je suis passé d'un article à l'autre sur Twitter, et j'ai passé la nuit à rêver de poursuites, de mouvements de foule, de cris... À un moment donné, j'ai eu une sorte de vertige : je ne savais plus si j'étais en France ou ailleurs. Je ne savais plus du tout où j'étais. Tous ceux qui sont "dehors" disent la même chose : "tout est fermé, c'est mort"... À moins qu'ils soient au loin, en province, où il semble y avoir parfois quelques tolérances.


 

Depuis des mois maintenant, le pays semble voir grandir une colère de plus en plus tangible. Le gouvernement parle de réussite. Mais la nouveauté, c'est que de jeunes gens commencent à sortir les cocktails molotovs, et que ce ne sont plus seulement des manifestations d'étudiants. Avant de partir, je faisais de temps en temps une donation au monsieur qui s'occupe à la fois d'une station de lavage et de soupes populaires : on les voyait de plus en plus faire la queue aux stations services, les familles venues du khlong, pour rapporter un peu de riz mouillé au jus de poulet dans des boîtes en styrofoam...

Difficile, dès lors, de se plaindre d'être régulièrement livré en nourriture. J'ai renoncé à essayer de parler à la personne qui livre. Ça toque à la porte (ou parfois, comme ce matin, la sonnette sabotée fait un bruit de mouche agonisante), et à l'ouverture, on a son petit sac. C'est toujours une presque surprise (puisqu'on a oublié ce qu'on avait demandé sur le menu), mais ce n'en est jamais une : c'est toujours la même présentation sous plastique, et les goûts sont celles d'une cantine qui ne parvient pas à donner l'illusion de varier les préparations. On a compris mon insistance, et tous les jours on me donne au moins une fois des crudités et des fruits.

La nouveauté, c'est deux enveloppes : les deux tests négatifs. J'en suis au troisième test, et cela m'oblige à rester ici malgré tout. Le premier a eu lieu en France, le samedi qui précédait le vol ; le second, le mercredi (le lendemain de l'atterrissage en Thaïlande) ; le troisième, c'était le dimanche... Ça fait plus d'une semaine qu'on teste, et il y en aura encore un le 21... Je n'arrive pas vraiment à me sentir joyeux devant ces imprimés qui n'apportent rien d'autre que ce à quoi on s'attendait, un peu comme la nourriture.

Pour varier les déplaisirs, je modifie l'agencement de mon "quartier général" à peu près une fois par jour. Ça me fait penser qu'il faudrait que je télécharge le "Voyage autour de ma chambre" de Xavier de Maistre, j'y trouverai sans doute des idées. En faisant la lessive désormais quotidienne après l'exercice, et combinée à une douche, je me suis rendu compte, par exemple, que je n'avais jamais REGARDÉ les carreaux.

L'appareil photo (le reflex) est un bon moyen de maintenir cette idée d'une exploration toujours possible. Je passe du temps à essayer de "capter" l'impression que dégage ma cafetière improvisée au Sopalin (le café est délicieux), à retoucher la photo pour essayer d'obtenir un petit côté "drapé Renaissance", à la publier en haute qualité sur Flickr...

Il va aussi falloir songer à travailler pour l'école, mais l'absence de la moindre nouvelle de ce côté là ne m'y engage guère... Je vais essayer de m'entraîner à mettre en place quelque chose comme un "MOOC", ça devrait aider...

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