La route du réveillon

Rédigé par Thibaud Saintin Aucun commentaire


Image d'accroche : Matt Greenfield

Dans le train de retour de Hua Hin le 31/12/2008, au moment où commence le réveillon, le premier qu'on passe en Thaïlande. On ne le savait pas encore, mais ce serait aussi le jour de l'incendie du Santika.

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Le quai, l'attente

Dans une maison jouxtant la voie, une tête d’homme, que les pilotis cachent par intermittence, avale régulièrement de la bière ; deux femmes s’affairent avec des bassines en plastique et des ustensiles de cuisine qu’elles posent sur ce qu’on devine être une table ; deux enfants accrochent des ballons sur les deux poteaux de ciment qui marquent l’entrée : peu gonflés, ces ballons-là, qu’on trouve partout, explosent facilement. Malgré le volume on ne voit pas immédiatement les haut-parleurs sur pied, de ceux qui servent dans les concerts, tournés vers la voie, sans doute destinés à ceux qui passent et vont vers la ville : il y a peu de maisons voisines. Après l’annonce, on repart, la mélopée disparaît.

Bangkok: On  the railway - © Tore Bustad, 2015 - Flickr

Approche de Bangkok

Derrière la vitre ouverte, on partage du regard la lente dissolution de la province avec ceux qui sont là eux aussi depuis plus de quatre ou cinq heures (et qui ont hésité avant d’acheter deux portions de nouilles, plus chères qu’ailleurs, aux marchands ambulants qui sillonnent le train à chaque arrêt) : des taxis supplantent les song thaew aux passages à niveaux, les passerelles de bois qui ne zébraient que des marécages se mêlent à des routes asphaltées, bordées ici et là de décharges improvisées, et disparaissent avec les premiers étagements de ciment (à des hauteurs que le bois ne permettrait pas), les ponts prévus pour six voies, vivement éclairés.

Welcome to Bangkok - arriving in Hua Lomphong © Roger Price, 2013 - Flickr

Au bout

Finalement c’est un nom de station, tant attendu, qui signale l'arrivée "en ville" : ceux qui sont venus de province, profitant de l’espace laissé par les passagers descendus dès les premières stations de périphérie (celles des grandes stations de bus) passent d’un carré de fauteuil à l’autre pour changer de fenêtre, s’efforcent de nommer toutes ces lumières et de reconnaître des quartiers où ils s’enfonceront, avec l’excitation de la soirée à venir. On a traversé Bangkok jusqu’à Hua Lamphong, les musiques du réveillon proviennent par vagues des maisons de tôle le long des voies (on ne sort plus la tête tant elles sont proches).

Hualamphong Station - © Joe, 2008 - Flickr

Une fois traversée la gare de Hua Lamphong, on se laisse avaler par l’escalator du métro souterrain, jusqu’aux couloirs de marbre : ceux de la banquette d’en face ont disparu, on replonge dans les « Jingle Bells » en boucle depuis deux semaines.


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