La belle apparue disparue

On a marché plus longtemps que prévu dans le centre de Taïnan avant de trouver un café où prendre un petit déjeuner. On n'avait pas encore pris le pli des ruelles ; ce premier détour conduit dans une impasse. Une maison abandonnée, aux fenêtres condamnées, est restée ouverte.

Au rez-de-chaussée, sur le mur du réduit qui sert d'entrée, des projections d'huile signalent un réchaud disparu. Sous le calendrier gondolé de l'évier, un reste de savon. Le mur de l'escalier, dénué de rampe, est poli à mi-hauteur : une main fatiguée a dû s'appuyer là tant de fois. Au dernier étage, au milieu des gravats et des planches du toit effondré, quelques fils de coton de couleur sont restés attachés au dossier d'une chaise. Elle semble inviter à s’asseoir à la table sur laquelle est posé ce médaillon de vieux cuir ou de carton, sur des restes de contreplaqué.

Les couleurs du visage de celle qui, peut-être, cousait ici dans la lumière, ont été ternies par des rayons que plus aucune fenêtre, depuis quelques mois, n'empêche de ronger ; mais rien n'a encore éteint l'éclat opiniâtre des yeux de belle apparue - telle qu'elle a dû désirer être vue, quand parfois elle regardait un peu ailleurs.

Thibaud Saintin


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