Celui qui grandit dans l'ordure

Le risque des photos d'enfants c'est que, comme souvent ils veulent bien (sauf les siens) ou ne protestent pas trop, on a vite la tentation des beaux sourires candides et "canailles" — ou bien, au contraire, des mines bien misérables qui vont bien indigner ceux qui, eux aussi, verront, etc... Et ils finissent par devenir des idées, des ornements, sur des murs d'appartements ou des brochures d'ONG. On se débrouille pour faire apparaître à bon compte des symboles, à parler de la situation de l'enfant plutôt que de la personne qu'on photographie, à requérir du spectateur un (bon) sentiment qu'on voudrait avoir prédéfini pour lui. On s'en va avec sa photo qu'on publie dans son dos. Ça m'énerve.

Tant pis, je m'en tiens à l'idée de faire "avec", au petit moment passé ensemble sous un parasol, dans une décharge infecte, pour se protéger à la fois de l'odeur et des rayonnements du soleil. Les quelques minutes à regarder les photos, à valider les bonnes, effacer les ratées, à se moquer gentiment de son petit air sérieux. J'aime bien son calme, le détachement de son regard, malgré le sérieux dont il est chargé.

Comme pour ceux du camion, j'espère qu'il a envie de réclamer justice sociale, mais j'ai le sentiment qu'il a davantage accepté la situation où il vit — et qu'il considère le monde avec un peu de froideur.


D'autres photos du même jour ici.

Thibaud Saintin


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